Une histoire de fourmi

Les fourmis existent depuis plus de cent millions d'années. De tous les habitants de la Terre, les fourmis sont ceux qui ont le mieux réussi, n'en déplaise à l'homme.

Elles vivent en colonie, autour leur reine, et chaque individu participe à la vie de la colonie. Elles se sont adaptées à tous les prédateurs et à tous les climats. On en trouve dans la jungle équatoriale, dans les steppes désertiques, sur les plages, près des volcans... et même dans les habitations humaines.
Elles n'ont peur de personne et se sont toujours débrouillées pour survivre, même dans des milieux très hostiles.

Imaginez que, chaque seconde, cent millions de fourmis naissent sur notre planète.
D'où provient un tel succès ?

Pour mieux comprendre, nous allons vous raconter l'histoire de Zurk.

Hier, Zurk était encore une nymphe nourrie au jus de pucerons. Mais aujourd'hui, c'est le grand jour. Le chambellan de la Reine entre dans la chambre des nymphes.

Une histoire de fourmi

Oyez, oyez, braves nymphes. En ce jour, la Reine vous appelle toutes dans la salle du trône. Préparez vos affaires, et faites vos adieux aux nourricières qui vous ont élevées jusqu'ici.

L'agitation gagne les nymphes. " La Reine ? ". Etre présentée à la Reine est un moment important dans la vie d'une fourmi. Un moment qui, pour beaucoup, n'arrive qu'une seule fois. La nymphe N151 203 s'approche alors d'une vieille ouvrière aux antennes blanches et à la carapace cabossée.

ZurkAu revoir, chère Nourricière.

  NourricièreAu revoir, N151. J'ai été très heureuse de t'élever. Je te souhaite beaucoup de succès dans ta vie d'ouvrière.

ZurkMais, je ne veux pas partir. Je ne suis pas prête.

  NourricièreTu sais, on n'est jamais prêt. Il faut accepter de se lancer sans savoir. N'aie pas peur, ça se passera bien. Rappelle-toi les conseils que je t'ai donnés alors que tu grandissais.

ZurkJe ne suis pas sûre de me rappeler de tout. Je me souviens des histoires que vous racontiez pour nous endormir. Elles parlaient du monde extérieur, de la lumière, de la pluie qui vous assomme, du vent qui vous emporte, des dangers qui guettent les fourmis étourdies ou intrépides. Nous, les nymphes, calées bien au chaud dans le noir rassurant de la fourmilière, nous riions tout bas quand vous disiez : ‘Attention, attention, les petites, un jour, vous serez grandes. Un jour, vous affronterez tous les dangers du monde. Préparez-vous dès maintenant.' Et maintenant, j'ai peur.

  NourricièreJe te comprends. C'est normal d'avoir peur. Mais il ne faut pas que cette peur te paralyse. Ces histoires dont tu riais, tu les connais bien. Elles te serviront toute ta vie. Elles t'aideront à avancer, à réussir, parce qu'elles ressurgiront quand un danger se présentera. Tu es assez grande pour vivre ta vie d'ouvrière et entrer dans la colonie. Je n'ai qu'un dernier conseil à te donner: aie confiance. Confiance en toi. Et sois prudente.

ZurkMerci, chère Nourricière. Vous croyez que nous nous reverrons ?

  NourricièreSèche tes larmes, N151. Je serai toujours avec toi, dans ton coeur. Vas-y, maintenant. La Reine t'attend. Au revoir…

Dans la salle du trône, c'est le chambellan qui les accueille. Les nymphes se mettent en rang. La Reine prend alors la parole.

  
La Reine
  Aujourd'hui, vous avez quitté la chambre des nymphes pour devenir des ouvrières. Vous êtes jeunes, inexpérimentées, mais la colonie a besoin de vous et de votre courage pour vivre et se développer. Notre communauté compte sur vous. Vous apprendrez petit à petit à devenir des ouvrières adultes et autonomes. Cet apprentissage commence dès maintenant. Je vous ai rassemblées ici pour vous confier votre première mission. Cette mission vous aidera à mieux vous connaître, à mieux cerner vos qualités, pour que nous puissions vous confier par la suite des missions qui vous conviennent. La fourmilière a besoin de fourmis qui aiment prendre en charge les larves et les nymphes. Elle a besoin de fourmis qui cherchent et rapportent à manger, de fourmis qui creusent de nouvelles galeries, de fourmis qui s'apprêtent à créer de nouvelles colonies, de fourmis qui s'occupent de leur Reine. Aussi, je vous offre le choix de votre mission.

A ces mots, N151 203 grommelle.

ZurkZut, du travail. Beurk, je n'aime pas les missions.

  La Reine  Y a-t-il quelque chose que tu souhaites partager avec Nous, petite nymphe ?

ZurkEuh. Non, rien, ma Reine.

  La Reine  Pourtant, il m'a semblé t'entendre murmurer. Qu'as-tu dit, je te prie ?

ZurkEuh. J'ai dit Zut, du travail et Beurk, je n'aime pas les missions, ma Reine.

  La Reine  Il n'y a pas de place ici pour les nymphes sans courage. Ni pour celles qui rouspètent avant d'avoir essayé. Ce n'est pas grave, tu te rendras vite compte qu'une mission peut être très exaltante, et qu'un travail qu'on aime devient un plaisir. Néanmoins, pour que tu te rappelles toujours cette première réaction quelque peu impertinente, Nous allons te rebaptiser. Quel est ton nom ?

ZurkN151 203, ma Reine.

  La Reine  En souvenir de ce ‘zut' et de ce ‘beurk', dorénavant, pour l'ensemble de la colonie, tu t'appelleras ‘Zu-rk'. Qu'il en soit ainsi.

ZurkBien, ma Reine.

  La Reine  Donc, Zurk, quelle mission as-tu choisie ?

ZurkJe voudrais rester à l'intérieur de la fourmilière. On raconte des histoires effrayantes sur l'extérieur. L'autre monde m'effraie, je n'y connais rien.

  La Reine  Bien. Tu apprendras alors à surmonter cette peur de l'inconnu. En ma qualité de Reine, il m'est interdit de sortir de la fourmilière. Je n'ai jamais eu la chance de découvrir l'autre monde. Car c'est une chance, croismoi. Je te nomme donc ouvrière de reconnaissance. Je sais que tu aimes manger de bonnes choses. Tu auras pour mission d'explorer ce monde inconnu qui t'inquiète, et de trouver à manger pour la colonie. Puis tu viendras me rapporter ce que tu as vu, et tu partageras ton expérience avec moi. Puisque tu parles avec sincérité, je me réjouis à l'avance d'entendre le récit de ton aventure. Qu'il en soit ainsi.

ZurkComme il vous plaira, ma Reine.

  La Reine  Nymphe suivante…

Lorsque la Reine termine son discours, le silence s'installe. Chaque nymphe doit remplir une mission. Avec d'autres ouvrières de reconnaissance, Zurk se dirige vers l'entrée principale de la fourmilière, le coeur battant. Sur place, elle se frotte les antennes, un peu intimidée. Il y a tellement de monde qui entre, qui sort. C'est impressionnant ! Puis Zurk se lance dehors comme on plonge dans la piscine, en retenant sa respiration.

Pour la première fois, elle est responsable d'un projet simple, mais important : trouver de la nourriture. Elle part seule. Elle est autonome. Elle ne sait pas par où commencer, alors elle avance droit devant elle. Elle ressent une impression bizarre, à découvrir des choses qu'elle ne connaissait pas quelques heures plus tôt, elle est curieuse de tout.

Elle aperçoit quelque chose. Des fils blancs, disposés en étoiles, où pendent des gouttes d'eau grosses comme son abdomen. " Comme c'est beau, c'est ça, une oeuvre d'art ? ". Elle s'approche, pose une patte sur le fil, le secoue pour faire tomber les gouttes, mais elles sont bien accrochées. Elle essaie de se dégager, mais, rien à faire, sa patte est collée au fil

Soudain, une bête énorme apparaît. Elle a huit yeux et huit pattes, et Zurk commence à trembler de peur…

  Arachnée  Arrête, malheureuse, tu vas casser ma toile !

ZurkJe suis désolée, Madame. Je ne suis qu'une pauvre fourmi. C'est la première fois que je quitte la fourmilière… je ne voulais pas vous embêter !

  Arachnée  Je vois. Une nymphette ! C'est bien ma chance ! Tu n'es pas bien grosse. Aussi, je ne vais pas te manger. Attends, laisse-moi te dégager…

ZurkMerci. Qui êtes-vous ?

  Arachnée  Moi, je suis , l'araignée.

ZurkEt ça, c'est quoi ?

  Arachnée  Ça, c'est ma toile. Elle me sert à attraper les insectes étourdis. Lorsqu'une mouche, un papillon ou un perce-oreille s'y colle, je le pique pour l'endormir, puis je l'entoure de mon fil. Ensuite, je le place dans mon garde-manger, tout là-haut.

ZurkBeuh. Vous mangez des insectes ? C'est dégoûtant !

  Arachnée  Il faut bien vivre. Et puis, ils ne souffrent pas. Et toi, que fais-tu par ici ?

ZurkJe cherche à manger pour la colonie. C'est la Reine qui m'a confié cette mission.

  Arachnée  Ah ? Bien. Et comment comptes-tu t'y prendre ? Pas en secouant ma toile, je suppose ?

ZurkNon. En fait, je ne sais pas encore. On m'a juste dit de chercher de quoi manger. Alors, je marche droit devant moi.

  Arachnée  Drôle de procédé ! On t'a donné un plan de la forêt, je suppose ?

ZurkNon.

  Arachnée  On t'a dit quoi chercher ?

ZurkNon, pas vraiment..

  Arachnée  Tu as suivi des cours de recherche ? Tu as entraîné ton odorat ?

ZurkEuh, non… On m'a juste confié cette mission…

  Arachnée  Tu ne sais pas où chercher, ni comment, ni quoi ? Ma pauvre amie, tu n'en sortiras pas !

ZurkMais, il suffit de marcher pour trouver, non ?

  Arachnée  Ah, ah, ah ! Ecoutez-la ! Quand je tisse ma toile, j'ai un plan, je sais quels gestes faire, comment les enchaîner. Je sais où la placer pour que les insectes s'y collent. Tout est prévu. Je ne veux pas te décourager, mais sans plan précis, impossible de réussir !

ZurkTout le monde à la fourmilière m'a dit que j'y arriverais. Ma Nourrice m'a dit de me lancer, même sans savoir. Il faut que j'essaie.

  Arachnée  Bon courage, mais la route est difficile, petite fourmi.

ZurkJe m'appelle Zurk. Au revoir, Madame Arachnée.

  Arachnée  Au revoir, Zurk.

Zurk ne s'attarde pas. La mission avant tout... Mais peut-être qu'Arachnée avait raison : il faut qu'elle s'organise.

Elle marche encore un peu, puis s'arrête net. Une gigantesque masse verdâtre lui bloque le passage. La petite fourmi s'approche prudemment. Ça sent la feuille d'arbre, c'est un peu gluant, mais ce n'est pas une toile d'araignée. Elle choisit d'en ramener un échantillon à la fourmilière. Elle passe à l'action, et commence à en découper un morceau avec ses mandibules.

Elle sent quelqu'un dans son dos. C'est Broidunoir, le cafard.

  Broidunoir  Ça va, pas trop difficile ?

ZurkSi, un peu. Mais je vais y arriver…

  Broidunoir  Une pauvre petite fourmi comme toi. Regarde. Tu coupes un trop gros morceau ! Jamais tu ne t'en sortiras, avec tes petits bras…

ZurkMais si, laissez-moi travailler.

  Broidunoir  Mais ça colle, ton truc. Choisis autre chose. Tu vas te fatiguer, à trimbaler ça !

ZurkIl faut que je rapporte quelque chose. Sinon, que diront-ils à la fourmilière ?.

  Broidunoir  Tu n'as qu'à leur dire que tu n'as rien trouvé !

ZurkMais j'ai envie de réussir ma mission, moi ! Vous ne pourriez pas m'aider, au lieu de me décourager, non ?

  Broidunoir  Et puis quoi encore ? Jamais je n'ai vu une fourmi aussi têtue. Enfin, je t'aurai prévenue ! Débrouille-toi, je m'en vais !

ZurkTant pis, j'y arriverai bien toute seule. Allez, courage…

Zurk continue, sans se décourager. Le chemin du retour est pénible, mais Zurk est très excitée d'avoir rempli sa mission. A l'entrée de la fourmilière, un des gardes, une fourmi soldat vraiment imposante, l'arrête et lui demande :

  Le garde  Où vas-tu avec ça, petite ouvrière ?

ZurkAu grenier. J'ai trouvé une montagne de nourriture..

  Le garde  Ça m'étonnerait. Ça ne se mange pas.

ZurkMais si. Sentez. C'est une belle feuille d'arbre en décomposition, miam...

  Le garde  Négatif. Tu dois être nouvelle. Ou bien tu es très créative. Ce n'est pas une feuille, petite. C'est un vieux chewing-gum à la chlorophylle. Et les fourmis ne mangent pas de chewing-gum.

ZurkOh non ! Je croyais que c'était comestible ! C'est la première fois que je sors ! Tout le monde se moquera de moi…

  Le garde  Comment t'appelles-tu ?

ZurkZurk.

  Le garde  Tout le monde peut se tromper, Zurk. Tu as essayé. Et ce n'est pas mal du tout ! Un chewing-gum parfumé à la chlorophylle, il n'y a pas de quoi se moquer de toi, je t'assure. Je ne dirai rien à personne. Recommence, ne te laisse pas abattre. Tu ne pouvais vraiment pas savoir... Allez, file !

A ces mots, Zurk reprend courage. Le garde a dit qu'elle avait déjà des qualités. C'est encourageant. Et puis, elle n'a plus peur de l'inconnu : elle a encore envie de découvrir l'autre monde. Elle respire un bon coup, puis reprend sa route. Elle est plus déterminée que la première fois. " Ce doit être ça, la persévérance ".

Elle n'a pas parcouru dix mètres qu'elle fait la connaissance de Spot, la luciole.

  Spot  Salut à toi, petite fourmi. Alors, comme ça, on aime le chewing-gum ?

ZurkMais, qui es-tu, toi ?

  Spot  Je m'appelle Spot et je suis une luciole. Je me suis bien amusée à te voir tirer et pousser ton morceau de colle toute verte. J'espère que, cette fois, tu rapporteras quelque chose d'encore plus drôle !

ZurkFranchement, tu n'es pas très gentille de te moquer de moi ainsi.

  Spot  Je ne me moque pas. Vous êtes comme ça, vous, les fourmis. Vous peinez, vous portez des charges énormes. On dirait que vous ne savez jamais où aller. J'ai l'impression que vous ne savez faire qu'une chose : suivre une autre fourmi. Vous avez l'air perdue. J'aime bien vous regarder. Ça me fait rire.

ZurkMais pourquoi dis-tu ça ?

  Spot  Parce que vous ne servez à rien ! Regarde. Moi, je peux faire de la lumière. La nuit, on ne voit que moi, alors que vous, vous courez dans tous les sens en pure perte.

ZurkMais nous, on est utile à la colonie. Chacune participe. C'est important, que tout le monde aide son voisin. Chacune remplit sa mission !

  Spot  Important. Tu exagères. Personne ne fait la différence entre toi et ta voisine. Tout le monde pourrait faire ce que tu fais !

ZurkOh ! Ce n'est pas vrai. Moi, ce matin, je n'étais jamais sortie de la fourmilière. Et maintenant, j'ai envie de découvrir le monde. J'ai choisi une mission, et c'est difficile. Mais je suis contente.

  Spot  Quel intérêt ! Moi, tout le monde me regarde. Je suis une lumière. Irremplaçable. Personne ne brille plus que moi.

      Mirliton  Arrête d'ennuyer cette petite fourmi.

  Spot  Tiens, Mirliton, le papillon. Alors, comment va ?

      Mirliton  Mal. Je suis un peu fâché sur toi, Spot. Tu ne regardes que toi, tu ne vis que pour toi, tu n'as pas de projet, pas de mission. T'es-tu déjà demandée à quoi ça servait, de briller tout seul, et de ne pas avoir d'amis ?

  Spot  De quoi je me mêle, Monsieur le papillon ?

      Mirliton  Je n'aime pas qu'on ennuie les petites fourmis. Si elles ont l'air perdues, c'est qu'elles ont besoin des autres, c'est qu'elles veulent les aider. Quand elles sont seules, elles se sentent inutiles. Spot, tu devrais apprendre à les respecter. C'est facile de se moquer. Qu'as-tu fait de bien aujourd'hui ? Allez, va te moquer ailleurs.

ZurkMerci, Mirliton. Je ne me sens pas bien. Et si Spot avait raison ?

      Mirliton  Ne t'inquiète pas, petite fourmi. Aies confiance en toi. Je trouve ça vraiment chouette, ce que tu fais.

ZurkC'est facile, pour toi. Regarde comme tu es beau. Tu as des ailes, tu peux voler. La vie doit être belle pour toi.

      Mirliton  C'est vrai, mais il n'en a pas toujours été ainsi. Hier, j'étais une petite chenille, sans aile, pas très jolie. Et, ce matin, j'ai dû apprendre à voler. Je suis content d'y être parvenu, même si ce n'était pas simple.

ZurkTu crois que je deviendrai un papillon, moi aussi ?

      Mirliton  Non, tu es une fourmi. Mais tu peux devenir belle. Si tu es courageuse, si tu te bats pour arriver au bout de ta mission, tu seras fière de toi. La beauté est intérieure aussi, ne l'oublie pas.

ZurkMais que dois-je faire ?

      Mirliton  Si tu continues jusqu'au bout de ce petit chemin, tes efforts seront récompensés. Faismoi confiance. Au revoir, petite fourmi. Courage.

Zurk regarde s'éloigner Mirliton. Il a été sympa, lui. C'est réconfortant. Elle avance machinalement dans la direction que lui a indiquée le papillon. Et, au bout du petit chemin, au détour d'une souche d'arbre, elle s'arrête à nouveau. Cette fois, pas d'erreur ! Ça sent bon la pomme pourrie. Elle caresse des antennes une belle peau brune et rouge, ses pattes s'enfoncent dans la chair molle de la pomme en décomposition.

Chouette ! Aujourd'hui, les fourmis n'auront pas faim !

Zurk en découpe un gros morceau. Elle retourne à la maison, la tête penchée en arrière : elle ne savait pas qu'elle était capable de porter un poids si important. Elle s'étonne, se surpasse. Mais elle sait très bien qu'elle n'arrivera pas à transporter seule toute la pomme. En chemin, elle croise une autre fourmi. Zurk dépose son fardeau et frotte ses antennes contre celles de l'autre fourmi, en signe d'ouverture, pour lui expliquer l'emplacement de la pomme pourrie. Puis Zurk reprend sa route.

Quand elle rentre à la fourmilière, la foule est toujours aussi dense. Les fourmis crient, se bousculent pour sortir. Le garde, cette fois, la laisse passer en lui faisant un signe qui veut dire : " C'est bien, tu peux entrer ". Comme pour garder un souvenir de sa première journée, elle se retourne. Et là… Elle n'en croit pas ses yeux !

Deux longues files de fourmis se croisent. Quelle organisation ! La première file la suit. Chaque fourmi porte un morceau de la pomme. L'autre file sort de la fourmilière pour aider à découper la pomme et à l'amener dans les greniers. Les fourmis des deux files communiquent en se frottant les antennes. Tout le monde participe.

Et Zurk sourit.

ZurkJ'ai mené à bien mon projet. J'ai trouvé une pomme, et toute la fourmilière fait la fête.

Quelques instants plus tard, elle est amenée à la salle du trône.

La Reine la reçoit en audience privée.

  La Reine  Bravo, petite Zurk. On m'a dit que tu avais trouvé une pomme énorme ! La fourmilière a de quoi se nourrir pendant une semaine. J'ai eu raison de te faire confiance. Ta Nourricière a également tenu à te féliciter.

    NourricièreBonjour, N151… euh, Zurk. Je suis fière de toi. Comment te sens-tu ?

ZurkBien, chère Nourricière. Merci pour vos histoires. Elles m'ont aidé à remplir ma mission. J'ai compris qu'on retient uniquement ce que l'on vit.

    NourricièreOn appelle cela l'expérience, petite. Pour savoir, il faut essayer par soimême. Plus tard, tu raconteras ton histoire. Que diras-tu aux jeunes nymphes ?

Zurk

Oh. Je leur dirai que, même si on m'avait expliqué cent fois à quoi ressemble un chewing-gum mâché, je ne l'aurais peut-être pas reconnu, la première fois. Pourtant, je ne confondrai plus jamais du chewing-gum à la chlorophylle avec une feuille d'arbre ! Durant ma sortie, j'ai eu un peu peur. En plus, certains ont essayé de me décourager. J'étais perdue.

Je me suis trompée, mais j'ai tenu bon. J'ai porté un morceau de pomme super lourd. C'était difficile ! J'ai découvert que, quand on a une mission à remplir, il faut faire des efforts, parce que rien n'est facile. J'ai découvert que, quand on réussit quelque chose de difficile, on a de bonnes raisons d'être content de soi. Mais ce que j'ai le plus découvert… c'est moi. Je ne savais pas que j'étais si courageuse !

Je ne savais pas que j'étais autonome et responsable ! Et j'en suis fière ! La mission que vous m'avez confiée n'était pas un piège, mais un cadeau, une occasion de montrer ce que j'étais capable de faire. Merci, ma Reine.

  La Reine  De rien, petite Zurk. Merci à toi, au nom de toute la colonie.



C'est une histoire banale.

Elle arrive cent millions de fois par seconde.

Elle arrive à chaque fourmi.


Et si elle t'arrivait aussi, à toi ?

Si on te confiait un projet ?

Si on te disait que tu peux choisir ta mission ?


Bien sûr, tu n'es pas une fourmi.

Mais une fourmi, aussi petite qu'elle soit, peut t'apprendre beaucoup.

Alors, prêt(e) à relever le défi ?

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